Accidents liés aux requins : une question de territoire ?

White_shark (c)

On recense en moyenne 35 attaques de requins sur l’homme par an[1] dans le monde dont 4 fatales. Ce qui est peu si l’on compare les accidents et les morts provoqués par les éléphants, les hippopotames et les moustiques ou encore les méduses[2].

Ces attaques sont pourtant toujours fortement médiatisées et chaque accident réveille des angoisses profondes, celle d’être mangé vivant, d’être attaqué dans un milieu qui n’est pas le nôtre et la peur de ce qui vit sous la surface de l’océan. « Les Dents de la mer » ne sont jamais très loin.

Une histoire de malentendu ?

« Les requins réagissent aux stimuli comme des mouvements dans l’eau. Les attaques ont généralement lieu sur un malentendu. Le squale goûte sa proie et décide ensuite de la manger ou pas. Malheureusement la morsure d’un grand requin blanc de quatre mètres est souvent mortelle et une fois qu’il y a du sang dans l’eau le requin ne peut que réagir » explique Richard Peirce, président de la Fondation (britannique) pour la protection des requins.

Attaques de requins et réactions à la Réunion et en Australie

En août 2012 les dernières attaques à la Réunion ont conduit les autorités locales à permettre le prélèvement[3] de requins tigres et bouledogues (10 de chaque) à des fins scientifiques et sanitaires[4] dans le cadre d’une opération de pêche encadrée par les services de l’Etat pour étudier le risque d’intoxication alimentaire lié à la ciguatera, une micro algue toxique. Cette décision fait suite à la rencontre du ministre de l’Outre-Mer,  Victorin Lurel[5] avec le maire de Saint-Leu qui avait publié un arrêté municipal autorisant la pêche au requin bouledogue et l’achat des prises aux pêcheurs alors que sa commercialisation est interdite.

Une étude dans le cadre du projet CHARC[6] a été lancée en 2011 par l’Institut de Recherche et de Développement pour comptabiliser les requins et cartographier leurs déplacements sur la côté Ouest de la Réunion. Début juillet 2012, 22 requins sur les 80 prévus avaient été capturés, équipés d’une sonde acoustique et relâchés. Les premiers résultats montrent que les requins marqués passent effectivement par les zones de baignade et de surf mais contrairement à ce que craignaient les scientifiques, ils ne restent pas le long des côtes, ils n’y font que de courtes incursions.

En Australie[7], l’attaque d’un requin en juillet 2012 a soulevé une interrogation de Norman Moore, ministre de la Pêche de l’Etat d’Australie Occidentale sur le maintien du statut d’espèce protégée[8] du grand requin blanc.

Plus d’humains dans l’eau…

Il y a de moins en moins de requins[9] mais de plus en plus de gens sur les plages. « Avec une population humaine qui augmente, même s’il y a de moins en moins de requins, statistiquement, la fréquence des rencontres augmente. C’est ce qui se passe actuellement à La Réunion par exemple. » commente Bernard Séret, spécialiste des requins au Muséum d’Histoire Naturelle.

Le rapport de l’homme à la mer a changé et celui-ci s’aventure de plus en plus en « territoire requin ». Le développement du tourisme et des sports nautiques[10] attire de plus en plus de monde dans l’eau, les combinaisons permettent de rester dans l’eau plus longtemps et toute l’année, comme le souligne Richard Peirce « les probabilités d’interaction avec les requins sont donc plus élevées ». « Nous n’irions jamais nous aventurer chez les lions dans une réserve, reprend-il, et pourtant nous n’hésitons pas à pénétrer dans le territoire des requins. »

… mais moins de requins dans les océans

Il faut néanmoins rappeler qu’environ 100 millions de requins sont tués chaque année et que un tiers des espèces[11] des requins et raies de haute mer sont déjà menacées d’extinction selon une étude de l’UICN.

Les requins tigres et bouledogues qui sont généralement les espèces impliquées dans ces accidents sont des grands prédateurs dont la disparition aurait un impact certain sur l’état du récif corallien et dans l’équilibre des écosystèmes. En tant que grand prédateur, ils régulent la vie dans les océans.

Une question de territoire : les plages de Recife au Brésil

La modification de l’habitat naturel du requin peut aussi expliquer les attaques. Recife est une station balnéaire très touristique sur la côte nord-est du Brésil. L’habitat naturel des requins a été détruit ; la barrière de corail faisant office de filet de sécurité naturel a été détériorée par la croissance urbaine et les rejets industriels. Le développement de la zone, la pollution, la nourriture moins abondante obligent le requin à élargir son rayon de chasse explique Alexandre Carvalho, directeur de l’Institut de recherches et de préservation environnementale océanographique du Pernambouc.

La route naturelle des requins reste la même mais à la différence du début du XXe siècle les plages sont désormais bondées. Le risque d’interaction entre le requin et le baigneur qui pénètre dans l’habitat du requin devient plus grand.

Quelles précautions ?

Les règles à observer : éviter la baignade au crépuscule qui correspond à l’heure de chasse des requins, quand l’eau est trouble car elle crée de la confusion sur qui nage ou après de fortes pluies qui ramènent des éléments dans l’eau et qui provoquent l’excitation du requin.

Quelles solutions ?

Les filets anti-requins[12] ne protègent pas totalement des requins et peuvent être destructeurs pour l’environnement puisque des requins mais aussi des dauphins, des raies et des tortues se prennent dans les filets comme le rappelle Bernard Séret.

Le système électrique répulsif[13] n’est pas efficace selon lui. Seule l’embauche de guetteurs surveillant les plages avec des jumelles semble être la solution « la plus efficace et la plus respectueuse de la faune marine ».

Sources : 20 minutes, le Figaro, UICN, Maxisciences


[2] http://www.20minutes.fr/planete/983023-requin-dix-fois-moins-dangereux-meduses
[3] http://www.linfo.re/-Societe-/8-pecheurs-designes-pour-les-prelevements
[4] http://www.20minutes.fr/planete/982353-attaques-reunion-prefecture-autorise-peche-d-vingtaine-requins
[5] http://www.20minutes.fr/ledirect/980739/requins-reunion-eelv-critique-prise-position-lurel
[6] http://www.ird.fr/toute-l-actualite/actualites/etude-du-risque-requins-a-l-ile-de-la-reunion/%28language%29/fre-FR
[7] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/08/06/01016-20120806ARTFIG00348-a-l-etranger-tuer-les-requins-n-empeche-pas-les-attaques.php
[8] http://www.20minutes.fr/planete/971713-australie-attaque-requin-relance-question-statut-espece-protegee
[9] http://nautisme.lefigaro.fr/actualites-nautisme/sciences—environnement-3/2012-07-24-16-09-00/nouvelle-attaque-mortelle-de-requin-a-la-reunion-2234.php
[10] http://www.surfline.com/surf-news/interviewing-george-burgess-about-this-summer’s-shark-attack-scourge-1_74413
[11] http://www.iucn.org/?3362/2/Un-tiers-des-requins-de-haute-mer-sont-menaces-dextinction
[12] http://www.maxisciences.com/requin/requins-il-faut-accepter-que-le-milieu-marin-n-039-est-pas-le-notre_art26154.html
[13] http://www.20minutes.fr/planete/982415-attaques-reunion-comment-premunir-requins-avoir-tuer

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